Le cache-sexe conservateur des libéraux

January 3, 2018

À ces charmantes fées qui fendent la grisaille de l’hiver de leurs escarpins magiques, bravant le froid pour apporter un peu de chaleur et de tendresse. À mes collègues qui savent écouter les désirs hors des sentiers battus sans juger.  À ceux qui ont tout simplement besoin d’un câlin ou de s’envoyer en l’air, et aux autres qui souhaitent sortir de leur zone de confort vanillée.

 

Je me souviens encore de ce petit matin pas ordinaire comme si c’était hier. Le 20 décembre 2013, le plus haut tribunal du pays a rendu une décision unanime et historique affirmant que les articles de loi criminalisant le travail du sexe devaient être abrogés. Le jugement était clair et sans équivoque : Ces trois articles de loi exposent des femmes vulnérables à la violence, et même au meurtre. Ils sont incompatibles avec la Charte canadienne des droits et libertés et sont par conséquent invalides. Pour moi qui songeait depuis belle lurette à pénétrer l’univers de la courtisanerie, c’était le début d’une belle aventure.

 

C’est malheureusement sans grande surprise que les conservateurs,  au pouvoir à l’époque, nous ont offert une duperie cousue de fil blanc. Depuis sa mise en application à l’hiver 2014, la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d’exploitation (C-36) a eu des effets dévastateurs sur les travailleuses du sexe (TDS).

 

À titre d’exemple, tandis que le jugement Bedford considérait l’interdiction de sollicitation comme un obstacle majeur à la santé et à la sécurité, la C-36 a tout simplement empiré la situation en introduisant un nouvel article qui criminalise le fait de faire ‘’sciemment de la publicité pour offrir des services sexuels’’. Depuis, les journaux ont arrêté de publier les annonces d’escortes et bon nombre de sites de petites annonces coquines ont fermé boutique. Si certains sites persistent et signent, ils ont pour la plupart dû changer les règles du jeu, histoire de survivre. Une situation qui pose de nombreux problèmes, notamment en ce qui à trait à la communication des services et limites.

 

Ces dernières années, comme bon nombre d’autres travailleurs autonomes, nous nous sommes tournées vers Twitter pour promouvoir nos services. Un réseau qui permet non seulement d’entrer en contact avec de potentiels clients, mais aussi d’échanger et de tisser des communautés de solidarités. Une belle époque qui semble révolue si on se fie aux récentes vagues de shadowban. Apparue en 2015, le shadowban est une stratégie de mise à l’index version 2.0 qui consiste à rendre invisible au reste du monde les comptes Twitter jugés impurs.

 

Sans compter la perquisition dans les bureaux d’Eros, un site qui était pourtant considéré comme une valeur sûre tant chez les escortes que les clients. Si cette plateforme à rayonnement international était principalement basée chez nos voisins du sud, l’agonie d’Eros aura aussi des impacts dévastateurs pour les escortes canadiennes.

 

Au lendemain des dernières élections fédérales, alors que Justin Trudeau s’était engagé à réviser la C-36, nous étions nombreuses à croire que pour une fois, nous aurions voix au chapitre. Or, après plus de deux ans d’inaction, une consultation aux dés pipés, et devant le silence radio d’Ottawa, force est de constater que la lune de miel est terminée.

 

Certes, il nous faudra puiser dans le champ des possibles de notre créativité et notre légendaire résilience afin de poursuivre le combat judiciaire contre la C-36, mais nous y arriverons.

 

À mes collègues, à mes amies, mes amants, je nous souhaite qu’enfin tombe le couperet sur la criminalisation du travail du sexe.

 

 

Gabrielle Laliberté, courtisane indépendante

 

 

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